LA PAUVRETE DANS LA DIGNITE
LA PAUVRETE DANS LA DIGNITE
LA PAUVRETE DANS LA DIGNITE
mardi 6 octobre 2009
Nos premières impressions en ce qui concerne la pauvreté dans un pays réputé parmi les plus pauvres au monde sont assez contrastés.
Il y a tout d’abord cette impression persistante que la capitale de l’Ethiopie est simplement un gigantesque bidonville... En effet, contrairement à ce qu’on peut constater dans d’autres pays d’Afrique, il n’y a pas ici de quartier résidentiel à proprement parlé. Le centre ville, le coeur de la cité, les plus proches abords de celle-ci, tout comme les extérieurs de la ville forment un conglomérat d’habitations en tôle ondulée et de résidences plus ou moins cossues.
La ville d’Addis-Abeba est ainsi très dense de population, et les 4 millions de personnes qui y vivent se répartissent un tout petit terrain par rapport à ce qu’on aurait pu croire. Riches et pauvres cohabitent ainsi sans exclusion, sans que puisse apparaître le moindre ghetto.
A tel point que le chauffeur qui nous est assigné pour nos déplacements par la Youth Coordination a du mal à croire qu’il puisse en être autrement dans le reste du monde ! Tant cette promiscuité, que ce partage étonnant du terrain (cf. la photo ci-dessus avec une villa dotée d’une antenne parabolique au milieu d’un amas de tôle) ne lui semble pas être chose anormale.
Et de même en ce qui concerne les différents troupeaux de bétail que l’on trouve en plein centre ville de façon habituelle ; lorsque nous lui avons dit qu’il n’en était pas ainsi en France, il nous a alors demandé si c’était parce que nous n’avions pas de vaches ou de moutons dans notre pays !!!
Pour vous partager une expérience plus personnelle, je voudrais vous faire part de notre première visite auprès des “MC sisters”, ou autrement dit les soeurs de Mère Térèsa :
A peine étions-nous arrivés en Ethiopie que les soeurs, en panne d'aumônier, nous sollicitaient pour venir dire la Messe chez elles, et ceci chaque jour pendant tout le mois de septembre. Je ne m’étend pas sur les sueurs froides de Frère Marie-Alexandre et de Frère Jean quant aux prédications à assurer en anglais ; sachez juste qu’ils s’en tirent très bien, et que c’est un beau lieu de partage fraternel dans la préparation des homélies !!!
Dès notre première venue, nous avons été invités à visiter leur maison et centre d’accueil. J’ai ainsi pu vivre en direct ce que je ne connaissais que sous la forme de diaporamas (grâce à notre Frère Jean-Bosco, qui a passé un an en Inde auprès des soeurs comme coopérant il y a peu). Au cours de notre visite, nous avons donc prié auprès des agonisants, de ceux qui n'avait pas passé la nuit (3 ce jour là), des enfants orphelins recueillis par les soeurs, des estropiés, des handicapés, etc... Nous avons ainsi visité plus de 1000 personnes en une matinée. Ce fut une expérience très forte, qui restera certainement gravée longtemps dans notre mémoire.
De fait, avant même notre arrivée ici, nombre de personnes nous avaient prédit un choc psychologique (ou du moins quelques heurts affectifs) face à la pauvreté, la mendicité, la famine, etc.
Cependant, je dois dire que je ne trouve pas que ce soit très juste de dire cela ; je m'explique : non pas que je sois insensible à tout ce que je vois, car la pauvreté est omniprésente ici, mais il faut distinguer pauvreté et misère. Jean Vanier, lors d’un témoignage auquel j’assistais il y a deux ans au cours du pèlerinage des Routes de Vézelay disait que la différence entre la pauvreté et la misère, c’est que dans le second cas, il n’y a plus de choix possible.
Or, force est de constater qu’il y a en tout éthiopien une très grande dignité, au point qu’elle puisse sembler paradoxale. Les gens vivent ici dans une très grande pauvreté, certes, mais il n’en sont pas pour autant dans la misère. Ils se nourrissent par exemple de façon très simple, mangeant des galettes de tef (une céréale du coin) appelées “Injera” à presque tous les repas, avec une simple sauce.
Nous avons été distribué des repas avec les MC sisters dans la rue, auprès des mendiants et des infirmes ; leur attitude était étonnante de dignité et d’action de grâce, recevant les dons que nous leur faisions comme s’ils leur étaient donnés par Dieu lui-même. Ce fut là encore une grande leçon, et nous n’avons certainement pas fini d’appréhender la réalité de la pauvreté dans ce pays.
Dans quelques jours, je pars en mission dans le nord du pays, dans une région qui fut en son temps dévasté par les famines dans les années 80. Certainement, il y aura bien des choses à partager au retour de ce périple, que je confie de tout coeur à votre prière.
Frère Iovane
