Lettre de Gaza (Palestine) du P. Matthieu

 

L'imam de Bruxelles Mahi Yacob, le prêtre Matthieu Gosse, l'imam français Hassan Chalghoumi, l'imam Imad Falougi de Gaza, l'écrivain Marek Halter et le rabbin français Michel Serfaty à Gaza pour parler paix et respect des religions. © RSR - Aude Marcovitch

 

 

 

 

Le 19 mars 2009, le Congrès Imans-Rabbins pour la Paix, a rassemblé à Gaza, l'imam de Bruxelles Mahi Yacob, le père Matthieu Gosse, l'imam français Hassan Chalghoumi, l'imam Imad Falougi de Gaza, l'écrivain Marek Halter et le rabbin français Michel Serfaty à Gaza pour parler paix et respect des religions.

Le père Matthieu Gosse, de la Communauté Saint Jean, a manifesté, en communion avec les Imans et le rabbin, l’engagement des chrétiens et tout spécialement de l’Eglise Catholique au service de la construction de cet avenir de paix sur cette Terre Sainte si déchirée.

Depuis le début des nouvelles frappes sur la Bande de Gaza, Alain Michel, fondateur de « Hommes de Parole » et organisateur du Congrès Imans-Rabbins pour la Paix, a dénoncé l’intolérable situation. S’appuyant sur le savoir faire et l’expérience d’Equilibre, dont il était le fondateur, il a lancé les premiers convois humanitaires non institutionnels en direction des populations victimes et tout spécialement des enfants. Le 19 mars, le troisième convoi pour la paix organisé par la fondation « Hommes de Parole » est entré sur la bande de Gaza, avec 70 tonnes de kit d’hygiène et 10 tonnes de matériel scolaire.

Le père Matthieu Gosse, coopère avec Alain Michel depuis plus de 15 ans et l’accompagne régulièrement dans des missions et initiatives au service de la paix. Dès le 5 janvier, il l’a rejoint en Terre Sainte et avec l’aide de bénévoles chrétiens, il a stimulé la prière et les élans de charité au bénéfice de la population meurtrie de Gaza. Ensemble ils ont rencontré les Sœurs Missionnaires de la Charité (fondées par Mère Teresa) ainsi que le Père Musalam, curé de l’unique paroisse de Gaza : la paroisse de la Sainte Famille. Ces rencontres ont été décisives pour cibler les objectifs d’urgence : les enfants et les pauvres.

Une rencontre, avec l’Iman Falougi de Gaza, responsable de « Adam Center », a permis de créer, sur place, un bureau de la Fondation « Hommes de Parole » et d’envisager une coopération fraternelle pour construire ensemble et avec l’aide de Dieu un avenir de paix.
Voici le texte de la lettre envoyée par le P. Matthieu:

Très chers frères et sœurs, Très chers amis, oblats et bienfaiteurs,

En cette fin de journée bénie de Dieu, il est impératif que je vienne vous partager ma joie et que l’action de grâces qui nous envahit ici vous rejoigne afin que vous soyez, vous aussi, dans la joie.

La folie de ceux qui ne réalisent pas et n’entendent pas qu’une chose est impossible et que de l’entreprendre est présomptueux, est finalement très communicative. Elle emporte en tout cas notre ami, Alain Michel, fondateur d’Hommes de Parole, qui s’était mis dans la tête d’emmener à Sderot – une ville juive entourées de kibboutz jouxtant la Bande de Gaza et dont les habitants subissent depuis de nombreuses années les tirs de mortiers parfois meurtriers – et ensuite, de là au cœur de la bande de Gaza ravagée, au moins un rabbin, un iman et un moine…

Il suffisait d’y croire et pour notre part, les religieux, de répondre présent à cet appel reconnu par chacun comme venant des profondeurs de l’humanité blessée vers laquelle notre ministère nous pousse mais plus radicalement encore de Dieu Lui-même qui nous a choisi comme serviteurs et qui nous crie Sa soif dans le pauvre. Deux imans et un rabbin d’Europe occidentale ont répondu « me voici ! » ! Quant à moi, j’ai demandé la lumière et la bénédiction me fut donnée : « Va ».

Après les deux premiers convois que j’avais accompagné porté par vos prières, celui du 18 janvier et celui du 18 février acheminant 500 tonnes de produits de premières nécessités enveloppés de votre amitié et réalisés grâce à vos généreuses largesses, la Fondation Hommes de Parole a mis en place ce troisième Convoi pour la Paix qui repart ce soir, mission accomplie, vers Jérusalem. En plus des 70 tonnes de matériels répartis sur trois camions, l’enjeu de ce troisième convoi, beaucoup plus médiatisé, est la présence dans l’unité de la volonté de paix, d’un imam français, d’un imam belge, d’un rabbin français venus recevoir les témoignages et les vœux de paix des enfants de Sderot et de Gaza. A notre marche d’hommes de Dieu s’ajoute, comme pièce maîtresse, une autre sorte de témoin : l’artiste. Marek Halter, l’homme de lettre, juif d’origine polonaise dont l’enfance fut marquée par le ghetto de Varsovie, marche avec nous, il parraine le convoi. D’un pas déterminé, les yeux vifs, pétillants bien que toujours humectés de larmes, il va à la rencontre de tous ces enfants dont les yeux sont encore trop secs et le regard trop vide pour ne pas nous briser le cœur et transformer notre témoignage en un cri.

Pour que votre joie soit en plénitude, sachez que l’artiste, le rabbin, les imans et le moine ont prononcé cette après-midi, chacun selon son charisme, un petit prône devant quelques intellectuels et des jeunes universitaires palestiniens rassemblés par l’Iman Fallouji et le Prof. Doct. Dahlan. De la surabondance du cœur de chacun a jailli, comme une prière pleine de ferveur, l’annonce de la paix, de l’amitié et de l’amour, le désir du pardon et de la miséricorde… Nous étions tous unanimes sur la nécessité de poser des gestes constructifs d’un avenir de paix définitif et durable. Et, comme poussé de l’intérieur, j’ai osé utiliser l’expression de mes frères orthodoxes de Roumanie au moment du baiser de paix de la Sainte Liturgie : « Dieu est au milieu de nous » !

Ce soir nous serons à Jérusalem, la joie au cœur mais le cœur gros d’avoir dû laisser de l’autre côté du mur ces enfants avec qui nous avons pu enfin rire et jouer aujourd’hui, en cette fête de saint Joseph. C’est à la Bienheureuse Vierge Marie qu’avec vous je les confie en vous remerciant encore de votre générosité qui nous a permis ce troisième Convoi pour la Paix. Une folie – accordée à la Sagesse de Dieu – qui en valait bien la peine !

Fr. Matthieu, csj

 
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